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Qui suis-je ?

(par Gérard DECORET) - Article paru dans le n° 90 de la Revue Musiques Mécaniques Vivantes de l’AAIMM

lundi 7 avril 2014

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Qui suis-je ?
Restauration d'une curieuse organette nommée "Clarabella Mignon"
par Gérard DECORET

Retrouvée dans la région parisienne par le plus grand des hasards, elle est probablement née à la fin du 19e siècle, avant les organettes à carton de type Ariston, certainement à Leipzig, fruit de recherches de l’un des nombreux fabricants qui s’y trouvaient à cette époque.

Voir la vidéo de Gérard DECORET nous présentant l'instrument

Cette organette joue six airs, de manière très modeste car la puissance des sons est très limitée. Le cylindre (longueur 235 - diamètre 80 mm) est très garni, de pointes et de ponts pour les anches. Elle a 18 touches : 10 pour le jeu d’anches et 8 pour les timbres.

Elle a son programme des airs imprimé et collé sur le flanc gauche du cylindre, mais en partie effacé. Il porte le n° 19. De cette indication, on peut déduire que l’instrument était conçu pour avoir un répertoire varié et étendu disponible sur différents cylindres.

Je laisse le soin à notre ami Sébastian Schuetz, de nous en dire davantage sur cette organette-mystère à nos yeux, qui n’est faite que de curiosités sur le plan technique, dont la plus visible, de prime abord, est la position de la vis sans fin d’entraînement du cylindre, placée dessous et non pas dessus comme habituellement dans ce genre d’instrument de musique mécanique.

Certainement un essai pour pouvoir changer plus aisément le cylindre.

Lorsque depuis cinquante années de recherches, je trouve un instrument de musique mécanique pour la 1ère fois, j’ai tendance à penser qu’il ne doit pas être très courant ! Un lecteur de notre revue Musiques Mécaniques Vivantes pourra sans doute nous éclairer sur la provenance de cet étrange instrument. Qu’il en soit remercié par avance.

Ecouter les différents airs de l'organette Clarabella

Le point de vue du restaurateur
par Sébastien SCHUETZ

Premières observations :

La "serinette" est arrivée dans un état fort avancé et est incomplète. Il manque aussi le vilebrequin et le couvercle.

Le fabricant, inconnu à ce stade, voulait surement lui donner une allure de boîte à musique : l’extérieur noir, le cylindre doré et les cloches visibles sur le dessus peuvent le faire penser.

A première vue, il n’y a pas de flûtes ni de sommier, jusqu’à ce que je trouve un jeu de dix anches cachées dans le double fond de l’instrument.

Les cloches sont de matériaux différents, ainsi que les châssis des anches...ce qui laisse présumer des réparations ou des remplacements ! Mais lesquelles sont d’origine ?

Le clavier et le cylindre sont de belle facture ; le système de changeur d’airs est inhabituel avec sa cale bombée qui sert à butée au cylindre. L’ensemble se déplace à l’aide d’un bouton suivant un peigne en laiton. L’emplacement définit l’air sélectionné.

La liste des airs est écrite en français, le texte n’est pas manuscrit mais imprimé.

Le plus curieux est le montage de la soufflerie : deux pompes et un régulateur !

Le régulateur est collé derrière le cylindre sur le fond de l’instrument. Ce fond servant à la fois de sommier pour les anches et de conduit pour le vent. Les deux pompes sont superposées : une plus grande est dessous, avec une belle alimentation vers le fond et la deuxième pompe est montée sur la première, un "canal" simple carré de bois creusé sert à envoyer le vent vers le fond. Vu les mouvements des pompes, le montage semble très aléatoire pour obtenir une bonne étanchéité.

L’instrument a antérieurement déjà été restauré et il est difficile de déterminer quelles anches ou cloches sont d’origine. Lors du premier relevé de la gamme, je constate que trois des huit cloches sont sourdes (elles sont fissurées) et deux anches coincées. Le sens de rotation du vilebrequin tend à écarter le cylindre de sa buté de changeur d’air, il me faut ajouter un ressort pour le maintenir en place.

Mais le plus étonnant reste la soufflerie. Au cours de la restauration, je constate un sérieux manque de débit d’air. Le montage très ‘bricolé’ des deux soufflets laisse penser que la deuxième pompe aurait été rajoutée pour combler ce manque d’air, mais cela reste insuffisant.

Pourtant cette deuxième pompe est du même bois, quasi la même planche que la première.

Elle sort donc du même atelier !

Se trouve-t-on face à un prototype ou a un essai d’amélioration d’un instrument existant ? Le cylindre, le boitier et le clavier sont de bonne facture et donc en contraste avec les pièces bricolées qui sortent pourtant du même atelier.

Restauration :

J’ai procédé au démontage complet et à un traitement curatif de tous les éléments contre les xylophages. Restauration du sommier, et encollage avec du papier afin d’éviter les moindres fuites. Remise en peau de la soufflerie, je tenais à conserver ce montage " bizarre" afin de préserver l’originalité de l’instrument. Adaptation d’un vilebrequin d’une perroquette et confection d’une vis sans fin au pas du cylindre. Cette vis entraîne le cylindre par dessous (montage très rare).

Remise en peau des soupapes et réalisation de nouveaux ressorts. Et puis adaptation d’un nouveau jeu de lames plus fins a moindre débit. Je me suis permis ici d’améliorer un peu l’instrument, ne sachant pas le montage d’origine. Remplacement des cloches fissurés et accord. Réglages de la mécanique, et surtout du système changeur d’airs. Réajustement de la cale buté.

Restauration du meuble, confection des pièces et d’un nouveau couvercle. Après restauration cet instrument séduit surtout par sa curiosité.

L'identification de l'instrument : Clarabella
par Jean-Marc LEBOUT

Quand la rédaction a reçu cette proposition d’article pour notre revue, je me suis naturellement interrogé sur l’identité de cet instrument que je ne me souvenais pas déjà avoir vu. Je me suis donc plongé dans la littérature existante et c’est dans le livre sur les organettes de Kevin McElhone, publié par l’association anglaise, que j’ai trouvé la réponse : cette organette porte le nom de Clarabella. L’auteur ne donne aucune autre information mis à part que l’association allemande lui a consacré un article. L’auteur de cet article n’est autre que l’actuel Président de la GSM Ralf Smolne. Il m’a immédiatement donné son accord pour une traduction et une reproduction de son article. Mais comme une première chance peut en amener une autre, il me signale disposer d’un boitier vide pour une Clarabella. Je transfère cette information à Gérard Décoret qui saute sur cette occasion inespérée de récupérer un couvercle original et la plaquette nominative qui orne l’intérieur de la machine. Son organette vient de retrouver son aspect original.

Clarabella Mignon, un curieux instrument
par Ralf SMOLNE

Article rédigé par Ralf Smolne en 1999 et paru dans la revue ‘Das Mechanische Musikinstrument n°74.

Nous remercions la Gesellschaft für Selbstspielende Musikinstrumente (GSM) et Ralf Smolne, pour leur accord de reproduction.

Traduction de Sébastian Schuetz.

Un jour, un coup de fil retint mon attention : on me proposait un objet décrit comme suit (à vrai dire de façon très sommaire !) : "Clarabella ou quelque chose de ce genre est marqué sur une boîte noire, il y a un cylindre en bois, des timbres et des flûtes". Dans aucune documentation à laquelle j’avais accés, je n’ai pu aucune trouver des précisions concernant cet appareil ; ma curiosité était à son comble et, rendez-vous pris, je puis enfin examiner l’instrument.

La ‘Clarabella Mignon’ est une organette de table à 18 touches, partagées entre des anches libres et huit timbres, placée dans une boîte mesurant 400x330x205mm et dont la construction s’apparente aux organettes portables telles celles fabriquées en Bohême.

A en juger par la beauté de sa boîte, sa finition soignée etune musicalité très douce, cet instrument était sans doute destiné à jouer dans des salons plutôt qu’en extérieur.

Le corps et le couvercle en sont teintés avec un vernis noir à l’alcool typique pour cette époque. Les gravures et dorures ressemblent à celles que l’on retrouve sur les pianos Melodico ou d’autres orgues.

Le cylindre a 90 mm de diamètre, pour une longueur de 235 mm. Il joue 6 airs : "Boccaccio / Bettelstudent / Hofnarr / Don Caesar / Electrisch / Donau Walzer". Le cylindre porte le numéro de série 3. La liste des airs est collée tant sur le cylindre qu’à l’intérieur de la boîte. On y trouve également une étiquette manuscrite illisible des droits et taxes.

Sur une planchette noire à l’intérieur de l’instrument, on lit en lettres gravées et dorées "Clarabella Mignon" ; cette planchette cache le soufflet.

Le mot Mignon est probablement un indice laissé par son fabricant, "Bruno Geissler, Musikwerkefabrik Leipzig"...Clarabella signalant les "registres" de l’instrument (clarinette) et bella (cloches). La clarinette étant ici imitée par des anches libres.

Une autre signification serait Clara prénom féminin, bella pour belle et Mignon pour mignonne.

Dans l’ensemble, on a l’impression d’un instrument quasi neuf ; en tout cas il a très peu joué. Pas de xylophages, peu de poussière à l’intérieur, partout du bois jauni et propre. Pas d’usure aux paliers ; même le cylindre au vernis doré n’est pas marqué. Seuls quelques timbres montrent une légère oxydation.

En tournant prudemment la manivelle, j’arrive à sortir quelques faibles sons, mais il semble que quelques notes soient totalement muettes. Je ne peux cacher ma déception quant à la faible musicalité de l’appareil !

Je suppose que cette faiblesse est la raison de son excellent état, il n’a probablement que très peu joué pour cause de médiocrité. L’analyse de la gamme devait m’apporter des réponses à mes questions ; en voici le résultat : au lieu des supposés 18 anches il n’y en a que 10 ; en voici les notes citées en caractères gras : F, B, C, F, G, A, B, C, D,Dis (soit Fa, Si bémol, Do, Fa, Sol, La, Si bémol, Do, Ré,Ré dièse). Les touches des timbres sont dispersées parmi celles des anches. Voici les notes des timbres : E, F, G, A, B, C, D, Dis (soit Mi, Fa, Sol, La, Si bémol, Do, Ré, Ré dièse). On relèvera les mentions académiquement incorrectes d’un Ré dièse, en lieu et place d’un Mi bémol (en pratique, Ré dièse et Mi bémol sont des équisonances, c’est à dire deux noms différents pour une même note).

La combinaison des jeux d’anches et de timbres donne donc la gamme suivante : Mi, Fa, Si bémol, Do, [Fa, Fa, Sol, Sol, La, La, Si bémol, Si bémol, Do, Do, Ré, Ré, Mi bémol, Mi bémol]. (Ndlr : Le premier Mi est donné exclusivement par un timbre, les 3 notes suivantes exclusivement par des anches. Restent 7 notes figurant entre crochets [de Fa à Mi bémol] qui sont les seules à se trouver à la fois dans le jeu d’anches et dans le jeu de timbres).

Le mélange des anches et des timbres est original, mais musicalement peu satisfaisant. Après restauration de l’instrument, la sonorité en est peu améliorée. Les anches et les timbres sonnant très différemment, leur jeu combiné nécessite une certaine habitude pour l’oreille. De plus, la musicalité de cet appareil est très sensible aux variations de température et d’hygrométrie. Serait-ce pour ces raisons que cet instrument n’a été commercialisé que peu de temps ? Probablement et pour ces mêmes raisons, très peu d’exemplaires de ce type ont été conservés. Il se pourrait même que celui-ci soit le seul survivant !


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